21 juin 2009
Que nous dit le sondage « Vallée Rive Gauche » - RD7 ?
« Vallée Rive Gauche » est le projet du Conseil général des Hauts de Seine pour l'aménagement du territoire du « Val de Seine » le long de la route départementale RD7, qui longe les quais de Seine à Sèvres, Meudon et Issy-les-Moulineaux.
Selon les termes employés par le Conseil Général ce projet aurait pour vocation « d'accompagner le développement économique du secteur, améliorer la fluidité du trafic et aménager les berges en créant des espaces verts et des lieux de promenade et de détente ».
Ce projet est présenté sur un site internet et recueillerait l'approbation de l'opinion c'est ce que semblerait nous prouver le sondage IPSOS commandé par le Conseil Général.
Les résultats détaillés sont présentés sur le site ici. Si la démarche paraissait intéressante l'interprétation qui en a été faite est plus que discutable. Nous allons donc vous proposer une analyse des résultats de ce sondage.
En effet, comment a-t-il été réalisé et surtout que nous dit-il ?
Deux « vagues » ont été réalisées en avril et en novembre 2008. Il n'y a pas de différence notable entre leurs résultats. Par enquête, un peu plus de 700 personnes représentatives des populations d'Issy-les-Moulineaux, Meudon, Sèvres et Boulogne-Billancourt ont donc été interrogées par téléphone. Le sondage s'est ensuite focalisé sur les plus de 500 personnes qui « utilisent la RD7 ou ses abords ».
Les principaux éléments à souligner :
Un projet très peu connu. Moins de 20% des utilisateurs en ont entendu parler - soit environ moins de 100 personnes sur les 500 interrogées. Et en novembre dernier 44% n'en avaient même pas entendu parler - soit environ 240 personnes !
Une description floue et subjective. La description du projet qui est faite aux personnes interrogées est la suivante : Vallée Rive gauche est un projet d'aménagement du territoire du Val de Seine le long de la RD7 accompagnant le développement économique du secteur. Son but est d'améliorer la fluidité du trafic sur cette route et d'aménager les berges en créant des espaces verts et des lieux de promenade et de détente.
Ce projet concerne le tronçon entre le pont de Sèvres et Paris et longe la Seine sur les territoires de Sèvres, Meudon et Issy-les-Moulineaux et passe devant le pont de Sèvres. Il concerne aussi bien la route que les berges et les espaces publics attenants. (C'est une description de plus de 6 lignes qui a été faite par téléphone, donc pour répondre les interviewés mémorisent les termes qui leur semblent déterminants).
L'introduction, qui devrait présenter de façon neutre le projet, comporte des jugements de valeurs qui sont de nature à influencer la personne interrogée.
En effet il nous semble que sur un projet d'urbanisme aussi complexe, il a été maladroit de choisir un mode de recueil par téléphone qui ne permettait pas à la population de comprendre précisément les détails de la proposition. A fortiori quand les sondés ne connaissent pas le projet. Comment peut-on répondre de manière réfléchie sans avoir en main tous les éléments du problème, les détails de l'aménagement, les nuisances engendrées, etc. ?
Pourtant, c'est sur la base de cette description, que le Conseil général parle d'un sondage explicite comportant 91% de personnes favorables. Interprétation hâtive, pour ne pas dire biaisée compte tenu de l'explication du contexte qui précède !
Des propositions qui ne sont pas clairement présentées ou testées, des questions trop complexes et non factuelles. Certains choix déterminants du projet d'aménagement sont testés via des questions trop complexes pour être énoncées par téléphone, et surtout elles comportent là encore des jugements de valeurs non factuels, en lieu et place d'éléments descriptifs. L'organisation, ainsi que le nombre de voies de circulation de la RD7, en est un exemple patent. Ce point très structurant fait l'objet de la question suivante (par téléphone) :
En ce qui concerne l'aménagement de la route à proprement parler, plusieurs possibilités sont actuellement envisagées pour permettre d'accompagner le développement économique et d'assurer la fluidité du trafic. Pour chacun des aspects de cet aménagement, dites-moi laquelle des deux alternatives suivantes vous préférez :
- Une route à deux files par sens de circulation pour les voitures avec une seule piste cyclable bi-directionnelle (à deux sens)
- Une route à une file par sens de circulation avec deux bandes cyclables, une de chaque côté de la route
Que vient faire l'accompagnement du développement économique dans cette question ? Ne mettre en avant que l'aspect fluidité du trafic, sans évoquer les nuisances engendrées par une route comportant deux fois deux voies, comme pour orienter le choix vers les deux files par sens de circulation...
Généralement lorsque l'on teste de tels choix structurants pour un projet, on procède aussi à une analyse des motivations des sondés : Pourquoi préférez-vous cette alternative ? Sur quel(s) élément(s) du projet vous êtes vous basé pour faire ce choix ?
Malheureusement, le sondage ne comporte que cette seule question et ne tente même pas d'étudier les motivations des personnes interrogées. Comparativement l'aménagement du carrefour giratoire « Vaugirard » est testé de façon plus factuelle et plus complète au travers de quatre questions.
Un projet qui engendre peu d'enthousiasme. A la fin du questionnaire, les personnes sont interrogées sur leur appréciation des conséquences du projet d'aménagement :
Au final, diriez-vous que la réalisation de ce projet d'aménagement de la RD7 et de ses abords en berges de Seine aura des conséquences très positives, assez positives, assez négatives ou très négatives ...?
Cette question est extrêmement équivoque, puisque l'on demande aux interviewés de se positionner sur les « conséquences d'un projet » sans leur préciser clairement de quoi on leur parle car à ce stade de l'avancement du projet, les choix structurants n'ont pas été faits, notamment concernant la voie de circulation aura-t-elle une file ou deux files par sens de circulation ?
Une consultation Internet passée sous silence. Le Conseil Général a axé sa communication sur ce sondage alors que parallèlement, une consultation était organisée sur le site Internet « Vallée Rive Gauche » et il était possible à chaque internaute de déposer un avis. Le Conseil général nous apprend que 500 ont été déposés. Ces avis ont du a priori être déposés en connaissance de cause, par des internautes avertis qui avaient pris connaissance du projet, puisqu'ils pouvaient avoir accès aux informations présentées sur le site.
C'est ce que nous avions fait individuellement en rappelant notre choix en faveur de la variante trois du projet qui préconisait une file affectée aux véhicules, et une bande cyclable par sens de circulation. Nous étions aussi en faveur des carrefours giratoires.
Curieusement, le Conseil général ne donne que le nombre d'avis, mais pas les résultats !
500 avis, le même ordre de grandeur que ceux qui ont été interrogés dans le sondage. Pourquoi deux poids deux mesures ? Pourquoi ne pas les présenter ces avis ?
Et pourquoi pas un référendum d'initiative locale ? Un tel projet d'aménagement du territoire ne peut être réalisé sans prendre en compte sérieusement l'avis des populations concernées. C'est un enjeu citoyen, et tous les sondages du monde ne pourront remplacer un référendum d'initiative locale, qui serait effectivement la meilleure méthode de consultation des populations concernées, avant d'engager de tels choix déterminants pour l'avenir de notre environnement.
Laurent Boisseau - Fabienne Gambiez
17:30 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vallée rive gauche, aménagement, urbanisme, rd7, sondage, conseil général, sèvres, meudon, issy-les-moulineaux







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Commentaires
Merci à Laurent et Fabienne pour cet article éclairant, preuve que notre section s'investit localement et intelligemment au service des citoyens alto-séquanais et donc, de l'intérêt général.
La transparence au niveau de la prise de décision n'est donc pas pour demain au niveau du CG, encore moins la considération pour la consultation des citoyens.
Ecrit par : OG | 22 juin 2009
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