06 octobre 2009

Forum de l'éducation 2009

Relations parents professeurs 
                                  

  Quoi de neuf ? L'école !      

 S'il est bien un milieu en perpétuelle mutation depuis une trentaine d'années, c'est celui de l'école chère à Jules Ferry. Nous sommes passés d'un modèle où l'enseignant était la référence absolue en matière de savoir - qui dispensait, avec une autorité naturelle jamais remise en cause, ses cours à des élèves respectueux de la fonction et désireux d'apprendre - à un modèle où l'enseignant- je forcis le trait à dessein - doit prouver aux parents qu'il a les compétences requises, mettre en application les règles sans cesse changeantes de l'institution et convaincre l'élève de lui prêter attention.

 Enseignants : du tableau noir... au piquet

Les enseignants qui, à la grande époque de l'école publique et obligatoire, se situaient au niveau d'instruction le plus élevé (les 3%  niveau brevet) sont passés en milieu de classement dans la hiérarchie intellocrate.

BE1.jpgLeur statut ne leur vaut plus une position reconnue et indiscutée dans notre société. Véritables contorsionnistes, ils doivent maintenant prouver leurs compétences, affirmer leur autorité et intéresser leur auditoire.

L'école Normale a fait place à l'IUFM, le recrutement des enseignants a été considérablement modifié, les programmes sont changés régulièrement (et souvent rédigés de manière absconse) mais les exigences envers l'école sont de plus en plus élevées et de plus en plus diversifiées : apprentissage des connaissances, de la discipline, soutien psychologique, substitut social ...

 Parents : plus exigeants ... mais envers les enseignants !

 BE2.jpgL'hebdomadaire Marianne (1) titrait récemment en Une « La tyrannie des parents d'élèves » en s'appuyant sur les quelques cas excessifs qui ont émaillé cette rentrée scolaire - par exemple des parents agresseurs d'un chef d'établissement qui avait refusé un changement de classe à leur enfant.

 C'est sûr l'école n'est plus - loin s'en faut - ni un sanctuaire ni cette boite noire où les enfants travaillent et apprennent sans que les parents - sous couvert d'ignorance et de totale confiance - interviennent. Non, ces enfants-là ont grandi et ont fait des études. Ils sont donc à compétences égales - voire supérieures - par rapport aux professeurs et demandent des explications à propos de tout (une sanction, une note, la nature de l'enseignement, l'état d'avancement du programme ...).

 L'école est devenue un service comme un autre que l'on consomme pour ses enfants et pour lequel, au besoin, on fait jouer la concurrence - les changements d'école sont de plus en plus fréquents.

Ils veulent un droit de regard sur l'enseignement dispensé et entendent que leurs remarques soient prises en compte par le chef d'établissement, le professeur responsable ou l'enseignant.

L'élection dans chaque classe de parents correspondants, anciennement nommés délégués, et rapidement renommés par peur de revendications trop « syndicalistes »- a permis d'améliorer la relation parents-professeurs en canalisant ces relations -fondées sur la revendication - au travers d'une interface reconnue et modératrice. Cependant, le rôle de ces parents représentants varient d'un établissement à l'autre - présence au conseil de classe oui mais ils doivent sortir lors des discussions des cas personnels ... etc ...tant il est vrai que leur présence est souhaitée - dans le meilleur des cas - à condition de ne pas faire de vagues !

Par ailleurs, l'autorité des parents sur les enfants est déclarée en crise. Le modèle autoritaire a vécu, 68 l'a emporté, même s'il n'a pas encore disparu complètement. Le parent est remis en question au quotidien par des enfants qui puisent leur référence à l'extérieur de la famille, sur internet, dans les jeux vidéo ou à la télévision.

Bref, les parents doivent sortir des marques de leur propre éducation et innover dans d'autres relations avec leurs enfants. C'est là leur défi !

Par facilité, certains transfèrent leurs exigences de l'enfant vers l'enseignant. En voici quelques exemples humoristiques (2) :

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 Des enfants plus sollicités et ... moins travailleurs

Le rôle de l'enfant a évolué dans notre société jusqu'à devenir quasi-central. L'enfant-roi est consulté sur presque tout ce qui le concerne - ce qui pourrait être un progrès - et s'il a un pouvoir de consultation nécessaire, il a parfois un pouvoir de décision tout à fait contestable, voire néfaste. Celui-ci lui vient alors de l'abandon d'autorité de la part des parents et la simple notion de respect est de plus en plus mal transmise. La cellule familiale n'est plus qu'une référence parmi d'autres et elle-même est souvent multiple : les enfants de familles recomposées représentent en effet environ la moitié des effectifs d'une classe.

 Les nouveaux canaux de transmission du savoir (internet, jeux vidéo, télévision, ...) ont pour caractéristique l'instantanéité. L'information circule immédiatement. Il suffit de voir comment ont été traités des événements comme le 11 septembre ou le tsunami asiatique pour sentir combien souvent l'école - qui a besoin de recul - est en retard dans le traitement des ces actualités alors que le besoin des enfants, immergés dans la société communicante, est lui, immédiat.

Le rythme scolaire n'est pas, loin sans faut, calqué sur les trépidations de la vie moderne car la notion de savoir ne se satisfait pas de l'instantanéité mais nécessite un travail dans la durée pour être efficace. Il y a là un vrai travail d'éducation des esprits à la nécessaire lenteur de l'apprentissage ainsi qu'un travail de l'école à traiter certaines actualités importantes de manière plus rapide.

 Une référence ... en mouvement

 En résumé, le triptyque enseignant-parent-enfant peine à se trouver dans le référentiel en mouvement que constitue l'école et pourtant c'est de cette rencontre que doit naître une école apaisée et performante. Seule une confiance retrouvée entre ces différents acteurs pourra venir à bout des aprioris et des anathèmes présents de part et d'autre. Une confiance reposant sur le respect des prérogatives et des compétences des uns et des autres mais aussi, bien sûr, de leurs obligations.

 Pour sceller cette réconciliation, il nous manque sans doute aussi une version du Petit Nicolas (sans mauvais jeu de mot) version école 2009 conciliant à la fois humour et... tendresse !

 Bibliographie :

 1 - Marianne N° 648

2 - Mon cas d'école - Ed Flammarion - Peggy Derder

3 - Le petit Nicolas - Sempe- R. Goscinny

Bernard EVAIN

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