15 juin 2008

La Laïcité, l’Europe et ses valeurs

europe_drapeau.jpgLes Irlandais ont tranché : comme nous, comme les Hollandais, c’est non. Ce n’est évidemment pas un refus de l’Europe, mais de cette Europe, lointaine, technocratique, oublieuse de ses citoyens qui ne demandent pourtant dans leur majorité qu’à participer à cette construction.

Nous aimerions avoir pour cette construction (unique dans l’histoire de l’humanité, car les rapprochements politiques entre pays sont d’habitude la conséquence des guerres), un projet qui nous entraînerait. La vision d’une société avec des valeurs fortes dans lesquelles nous pourrions nous reconnaître. Et pourtant, des valeurs, l’Europe en a. Des textes ont été écrits sur ses valeurs. La convention européenne des Droits de l’Homme a force de loi. Le dernier texte, qui n’a pas encore valeur de loi, puisqu’il a été rejeté au travers du texte constitutionnel européen et du traité de Lisbonne, c’est la Charte des Droits fondamentaux.

Celle-ci est une proclamation solennelle faite à Nice le 7 décembre 2000, signée par le Parlement européen, le Conseil de l’Europe et la Commission européenne, elle affirme les valeurs de l’UE et devrait, si elle était ratifiée par les nations, représenter le socle sur lequel nous devrions construire. Sa rédaction a été l’objet de nombreuses négociations et compromis. Son préambule, dont la rédaction a été particulièrement laborieuse, ne saurait laisser indifférent aucun démocrate respectueux des êtres humains et de leur valeur : « Consciente de son patrimoine spirituel et moral, l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité ; elle repose sur le principe de la démocratie et le principe de l’Etat de droit. Elle place la personne au cœur de son action en instituant la citoyenneté de l’Union et en créant un espace de liberté, de sécurité, de justice. » On aimerait que la majorité actuelle s’imprègne un peu plus de ces principes et les mette en pratique. Certains membres de l’Union souhaitaient qu’il soit fait mention des « origines  chrétiennes »  de l’Europe, au mépris de tous nos autres héritages : grec, celte… Et de notre histoire multiple.

Nous sommes peu habitués en France à voir s’immiscer le religieux dans la vie publique. De fait, nous avons connu des guerres de religion violentes, jusqu’à ce que nous décidions de cantonner les religions à la sphère privée des individus : ce qui a été fait au travers du vote de la loi du 9 décembre 1905, proclamant la séparation des églises et de l’état. Une façon de permettre à tous les citoyens de retrouver dans la sphère publique et de cantonner à la sphère privée leurs options et croyances personnelles. Si l’Europe s’était déclarée laïque, la discussion sur nos soi-disant origines chrétiennes n’aurait pas eu lieu, parce qu’elle aurait été tout simplement hors de propos.

N’étant pas laïque, l’UE n’est pas à l’abri d’offensives fondamentalistes. En voici un exemple récent, où fort heureusement, les instances européennes ont su résister, mais avant tout parce que des députés pugnaces et conscients de la menace, se sont entêtés jusqu’à obtenir le vote de la résolution qui s’imposait pourtant.

Il existe un mouvement dont on a beaucoup parlé aux Etats-Unis : les créationnistes. Ceux-ci défendent l’idée que le monde a été créé, en six jours, comme la Bible le raconte. Par conséquent, ils rejettent le théorie de l’évolution de Darwin. Jusque là, rien de bien méchant, chacun a le droit de croire ce qu’il veut. Seulement les créationnistes ont demandé que leur thèse soit enseignée à l’école, sur le même plan que la théorie de l’évolution de Darwin, qui selon eux, n’est qu’une thèse différente. Ils ont élaboré une théorie du « dessin intelligent », ou « intelligent design » qui prétend qu’un « être supérieur » a créé le monde et les hommes avec une intension précise.

Cette attaque en règle contre la science a de quoi étonner. Selon un site créationniste québécois, la démonstration que le créationnisme peut être mis sur le même plan que la théorie de l’évolution est surprenante : « la théorie de l’évolution est un dogme, une croyance. … la théorie de l’évolution ne se base pas sur des faits scientifiques observables …Ainsi, Windows XP n’aurait jamais pu exister s’il n’y avait pas de programmeur. Donc, il est logique de présumer qu’un code aussi complexe que le code génétique n’a pas pu se construire lui-même, au hasard et par la sélection naturelle. Un programmeur supérieur, super intelligent (Dieu) a dû le concevoir et l’élaborer. »

Cette confusion des genres entre croyance et théorie scientifique représente un vrai danger pour la rigueur de l’enseignement. Aux Etats-Unis, c’est la Cour Suprême qui a dû se prononcer et affirmer que le créationnisme ne pouvait être enseigné à l’égal d’une matière scientifique.

La Commission de la culture, de la science et de l’éducation du Conseil de l’Europe, a demandé un rapport sur le créationnisme en Europe. Le député français PS, Guy Lengagne en a été le rapporteur. Il a effectué un travail d’une grande rigueur scientifique et a découvert que dans plusieurs pays  européens, l’offensive créationniste avait eu lieu, au grand dam de la communauté scientifique. Alors qu’il avait présenté son rapport, au lieu d’être programmé pour être discuté au Parlement, celui-ci a été renvoyé en commission, c'est-à-dire enterré. Guy Lengagne a aussitôt donné une conférence de presse retransmise sur Internet pour informer le maximum de responsables et de citoyens sur le fait que des créationnistes étaient à l’œuvre et avaient probablement des appuis dans les instances européennes. Il était d’autant plus inquiet, qu’arrivant au bout de son dernier mandat, il savait qu’il ne pourrait pas agir très longtemps.

Heureusement, après son départ, Anne Brasseur, députée luxembourgeoise (ADLE), a repris le flambeau et a pu obtenir la discussion sur son rapport, son approbation et le vote de la résolution 1580. Celle-ci dit, en particulier :

« L’Assemblée parlementaire encourage les états membres et en particulier leurs instances éducatives…à s’opposer fermement à l’enseignement du créationnisme en tant que discipline scientifique, au même titre que la théorie de l’évolution et en général à ce que des thèses créationnistes soient présentées dans tout cadre disciplinaire autre que celui de la religion ; »

Le rapport dont Anne Brasseur a été le rapporteur, indique clairement que la thèse créationniste est portée par des mouvements fondamentalistes chrétiens et musulmans. Encore un exemple, s’il en était besoin, que la laïcité est une organisation de société qui favorise la paix sociale en renvoyant à la sphère privée les débats théologiques de toutes natures.

Nos amis Suédois l’ont d’ailleurs aussi bien compris, puisqu’ils ont, au 1er janvier 2000, voté la séparation de l’Eglise (protestante) et de l’Etat, dans le souci d’assurer l’égalité de tous les citoyens.

Martine Cerf

13 juin 2008

François Bayrou et le "non" irlandais

François Bayrou et Marielle de Sarnez ont réagi au "non" des Irlandais au traité de Lisbonne ce vendredi 13 juin ....

Selon François Bayrou , ce rejet probable du traité de Lisbonne par les Irlandais révèle le "fossé" qui "s'est creusé entre les peuples européens et leurs institutions".

"Les Irlandais ont répondu comme beaucoup d'autres peuples européens l'auraient fait" à ce traité "encore plus incompréhensible que le texte touffu de la Constitution européenne", a déclaré à l'AFP M. Bayrou. "On a essayé de ruser avec les peuples, et de faire comme si l'Europe était uniquement une affaire d'initiés", a-t-il dit. Les gouvernements vont devoir "prendre le temps nécessaire" pour rejoindre les préoccupations des citoyens "qui ont l'impression que l'Europe est devenue uniquement une machine pour initiés purement économique et
commerciale, et qui ne les protège pas dans les difficultés des temps".
Les citoyens "ont le sentiment de n'être au courant de rien de ce qui se décide et se discute", a-t-il ajouté. "Je suis certain qu'ils pensent dans leur grande majorité qu'il faut une Europe dont la voix soit aussi crédible et influente que celle des Etats-Unis ou de la Chine. Mais ils veulent que ce soit leur voix", a déclaré François Bayrou.

Il faut élaborer pour l'Europe un traité "court, simple, lisible, compréhensible par tous et soumis à référendum", a-t-il encore indiqué, reprenant la thématique développée pendant la campagne présidentielle.

De son côté,  Marielle de Sarnez déclare :
"C’est un événement très important qui ne peut pas être ignoré ou contourné et qui aura des conséquences lourdes pour l’avenir immédiat.
Un fossé s’est creusé entre les peuples et l’Europe. C’est à cette question qu’il faut répondre. On ne peut plus continuer d’ignorer ce qui est ressenti comme un déficit démocratique.
Ceci oblige à trouver pour l’Europe des réponses nouvelles qui prennent en compte les inquiétudes des peuples et les défis des temps."

Mouvement Démocrate.fr

09 juin 2008

Le reportage

Retrouvez l'excellent reportage de la journée d'hier sur France Démocrate :  un immense merci à lui pour la qualité de son travail.

C'est ici.

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08 juin 2008

"Nous sommes à la croisée des chemins : nous devons retrouver le sens profond de l'engagement européen"

Intervention de Marielle de Sarnez en conclusion des tables de ronde de la Convention sur l'Europe. "Je vais essayer, en deux-trois minutes, non pas de tirer des conclusions de ce qui a été dit, car vous avez dit des choses extrêmement importantes et nous avons éclairé les enjeux, mais je vais vous donner les deux ou trois directions que je pense utiles à notre réflexion. La première est celle-ci : c'est vrai que le monde a changé, qu'il y a des bouleversements que nous devons prendre en compte. Ce sont des crises que vous avez décrites, les uns et les autres : la crise financière, la crise alimentaire, la crise énergétique.   Lire la suite...

 

Aujourd'hui, Convention sur l'Europe du Mouvement Démocrate

europe-petit.jpgAujourd'hui, nous avons tous rendez-vous à la Maison de la Chimie, invités par Marielle de Sarnez, présidente de la délégation au Parlement européen et les députés européens du MoDem pour participer à la Convention sur l'Europe de 9H30 à 14H00 à la Maison de la Chimie à Paris.

A noter, la participation de Tom Brake, député libéral-démocrate britannique, Gérard Deprez, président de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, Jean-Luc Domenach, sinologue, Sandro Gozi, député du Parti démocrate italien, Eva Joly, conseiller spécial anti corruption et anti blanchiment au NORAD, Emmanuel Todd, historien et démographe, Jérôme Vignon, président des Semaines sociales de France.

François Bayrou clôturera ces travaux par un discours. 

Une belle entrée en matière pour notre dîner-débat de jeudi prochain avec Bernard Lehideux !

02 juin 2008

Vers un contrat social européen pour l'emploi

980581866.jpgA l'heure des "commémorations" en tout genre autour de "mai 68", nous devons nous résoudre à tourner définitivement la page des "trente glorieuses", cette époque d'après-guerre avec une forte croissance économique et démographique, le fameux "baby-boom". Nous vivions en période de quasi-plein-emploi, l'ascenseur social fonctionnait et un contrat social implicite s'exprimait au travers des conditions de travail. En échange d'un travail salarié, les entreprises qui avaient souvent une vision à long terme pour leur avenir, fidélisaient leurs collaborateurs en valorisant leurs expériences et leur ancienneté dans l'entreprise et par là même assuraient leur employabilité, pour un bénéfice mutuel entre employeur et employé. Pour certains cela pouvait s'appeler du paternalisme et prêter le flanc à de nombreuses critiques, mais il est indéniable que cela procurait un environnement assez sécurisant. A titre d'exemple, on entrait chez Michelin, Renault, Dassault ou Bouygues, et on pouvait y faire carrière en en gravissant les échelons fonction de ses compétences et aussi bien sûr des opportunités. Loin de moi l'idée de développer une vision angélique, les conflits sociaux existaient et étaient même parfois très durs, mais cet accord implicite, ce sentiment partagé d'appartenance, voire d'attachement à l'Entreprise, prévalait sur les autres considérations.

Depuis les années 90 le contexte a changé inexorablement, la mondialisation des échanges, la financiarisation de l'économie qui privilégie les résultats court-terme, les "nouveaux managers" appointés par les actionnaires qui remplacent les "anciens patrons" propriétaires de leur entreprise, etc. Cette évolution du contexte global a déjà été décrite par d'autres et exige des entreprises à s'adapter sans cesse et devenir toujours plus performantes. Si l'on ajoute à cela l'accélération des évolutions technologiques, on constate désormais qu'au cours d'une vie professionnelle, chacun doit changer plusieurs fois de métier. Tous ces changements entraînent fatalement une précarisation de l'emploi salarié, et c'est pour cela que l'on parle de plus en plus de "flexisécurité" censée apporter plus de flexibilité à la gestion des emplois tout en assurant un filet de sécurité pour gérer ce que l'on appelle maintenant une transition professionnelle pour ne plus employer le terme de chômage. De ce fait la législation du travail doit évoluer, et récemment gouvernement et partenaires sociaux sont convenus de "moderniser le marché du travail".

Si l'on regarde cette évolution avec du recul et que l'on tourne nos yeux vers l'avenir à moyen / long terme, que peut-on envisager ?
Tout d'abord, il est certain que les temps ont irrémédiablement changé et qu'il ne sera pas possible de revenir en arrière comme au temps des "trente glorieuses". Certains peuvent le regretter, comme autrefois d'autres ont regretté la disparition de la marine à voile, mais c'est ainsi. De même que les clippers n'assurent plus le commerce du thé avec l'extrême orient, les entreprises ne pourront plus assurer l'emploi à vie. Le contrat social qui existait auparavant ne fonctionne plus.
Le contrat de travail risque d'évoluer vers un contrat de nature "commerciale" lié à un projet limité dans le temps reportant sur chaque travailleur la gestion de son employabilité et de ses périodes de transition. Y aura-t-il même encore une notion de salariat dans dix ou vingt ans, tout le monde ne sera-t-il pas considéré un peu comme un travailleur indépendant ?
Si cette évolution se développe dans le "laisser-faire", alors cette souplesse peut être une excellente chose pour les plus employables qui pourront alors négocier plus facilement leurs évolutions de carrière, passant d'un emploi à un autre au gré des opportunités. Mais pour les autres – plus vulnérables – et aussi plus nombreux, le fossé se creusera de plus en plus et créera encore plus de précarité voire de pauvreté. Les plus pessimistes parlent même de la disparition des classes moyennes, ne restant plus que deux catégories situées aux deux extrémités de l'échelle sociale.

En tant que défenseurs de la sociale-économie et des valeurs humanistes, nous ne devons pas "laisser faire", mais que peut-on faire et qui doit le faire ?
Le modèle actuel en cours de négociation montrera sans doute à terme ses limites. De la même manière que l'on ne peut pas faire porter la gestion de l'employabilité de manière individuelle sur les seules épaules des travailleurs, on ne peut pas non plus imposer aux entreprises de prendre en charge le développement de l'employabilité de leurs collaborateurs y compris au-delà de leur périmètre économique. Il faut donc être créatif et inventer une nouveau modèle qui peut aussi s'inspirer de modèles existants. On parle souvent du modèle finno-scandinave dans lequel la flexibilité de l'emploi est compensée par une sécurité assurée par une indemnisation et surtout un niveau de formation élevé. Ces politiques nécessitent des moyens budgétaires importants et supposent une forte mobilisation au sein des entreprises et un dialogue social de qualité. La France n'en est pas là aujourd'hui. Et d'ailleurs, en serait-elle là, pourrait-elle le faire seule ? Très difficilement sans doute, car un tel projet ambitieux, n'est pas sans conséquence sur les politiques budgétaires et économiques. Il faut donc le concevoir sur un périmètre beaucoup plus large, et c'est donc au niveau européen qu'il faut mettre en œuvre des politiques communes de gestion de l'emploi.

Pourquoi ne pas envisager sous l'égide de l'Union européenne, et de façon coordonnée, le développement dans chacun des pays qui la composent de structures autonomes, gérées paritairement par des représentants des partenaires sociaux, et chargées de prendre en charge globalement la gestion de l'employabilité des travailleurs. A court terme, ce projet paraîtra sans doute difficilement réalisable voire même utopique, et c'est à l'échéance d'une dizaine d'année qu'il faut envisager sa construction. On pourra objecter que tous les pays ne sont pas au même niveau, c'est vrai ; mais pour mémoire, souvenons nous des comparaisons que l'on faisait avec l'Espagne lors de son entrée dans l'Europe et du chemin parcouru depuis.
Au Parlement européen, la commission de l'emploi et des affaires sociales a pour mission de défendre une Europe plus sociale, avec une meilleure cohésion et des emplois de qualité.

C'est donc au niveau européen que la construction d'un nouveau "contrat social" doit être prise à bras le corps, c'est un projet enthousiasmant qui doit animer l'ensemble des citoyens de l'Union, à commencer par la jeunesse car c'est principalement de son avenir qu'il s'agit.
Et nos gouvernants et parlementaires seraient bien inspirés de le promouvoir, car cela peut contribuer aussi à cimenter notre Union et prendre le leadership sur un sujet qui dépasse les frontières de l'Europe. Cela participerait aussi à la construction d'un modèle européen qui ne soit pas seulement économique.

Personnellement, je rêve du jour où l'on parlera couramment, et avec envie, du "modèle européen", et où l'on entendra un peu moins parler du "modèle américain".

Laurent Boisseau

29 mai 2008

Diner-débat "Européen" à Issy - 12 juin - avec Bernard LEHIDEUX

Nous sommes heureux de vous annoncer notre dîner-débat "Européen" qui aura lieu le jeudi 12 juin 2008 !

Venez nombreux pour débattre ensemble autour du thème "Union Européenne : de nouveaux enjeux parlementaires" avec la présence de Bernard LEHIDEUX, député européen du MoDem.

Diner-débat_européen_12-06-08.jpg

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Bien cordialement,
 
Fabienne GAMBIEZ