20 novembre 2007
La leçon d'économie de Jean Peyrelevade
Entretien réalisé le 29 octobre 2007, au cours duquel, Jean Peyrelevade, homme d'affaires, économiste et proche de François Bayrou, nous livre son analyse de la politique économique de Nicolas Sarkozy. Consommation, déficit commercial, dette publique, capitalisme financier, versus initiative de l'entrepreneur. C'est tout simplement passionnant.
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25 octobre 2007
Angélisme et barbarie menacent la politique
Dans son ouvrage « le capitalisme est-il moral ? », le philosophe André Comte-Sponville, reprenant des considérations de Pascal, articule le fonctionnement de la société autour de quatre ordres ayant des interactions entre eux. Ces quatre ordres sont :
1) l’ordre technico-économique qui détermine le vrai et le faux
2) l’ordre juridico-politique qui détermine le légal et l’illégal
3) l’ordre moral qui détermine le bon et le mauvais
4) l’ordre de l’éthique qui détermine l’amour propre et l’amour du prochain
Aux interfaces entre ces quatre ordres il situe précisément :
l’expertise à l’interface entre les ordres 1 et 2
le droit des sciences et des techniques à l’interface entre les ordres 2 et 1
l’équité à l’interface entre les ordres 2 et 3
la déontologie à l’interface entre les ordres 3 et 2
la solidarité à l’interface entre les ordres 3 et 4
la générosité à l’interface entre les ordres 4 et 3
D’après Pascal, « le ridicule naît de la confusion des ordres et la tyrannie c’est le ridicule au pouvoir ». Deux sortes de tyrannie existent alors :
· La barbarie ou tyrannie de l’inférieur autrement dit l’intervention d’un ordre dans un ordre supérieur
· L’angélisme ou tyrannie du supérieur autrement dit intervention d’un ordre dans un ordre inférieur
André Comte-Sponville en déduit alors clairement les tyrannies courantes dans lesquelles il ne faut pas sombrer :
Barbaries à proscrire :
Modéliser la justice ou la politique qui ne sauraient se réduire à des équations ou à des comportements rationnels
Modéliser la morale car chaque conscience à son propre mode de fonctionnement
Judiciariser la morale où la liberté doit rester essentielle
Moraliser l’éthique
Angélismes à proscrire :·
Moraliser la politique
Moraliser la justice
Moraliser l’économie et c’est pourquoi le capitalisme n’est ni moral ni immoral mais amoral au nom du principe de la différenciation des ordres
Moraliser la science qui ne repose pas en premier sur des valeurs
Politiser l’économie (la notion de politique économique est donc un abus de langage incompatible avec le principe de différenciation des ordres)
Confondre générosité et solidarité
De ce principe de différenciation des ordres découlent les exigences suivantes :
Les responsables politiques ne peuvent pas incarner les pouvoirs économiques et techniques
Une formation éthique doit être donnée aux individus et aux décideurs
Appliqués à l’organisation d’un parti politique, ces deux principes se traduisent par les nécessités de :
Différencier à l’intérieur du parti les élus, les instances, les responsables des finances, et les experts travaillant sur les projets et programmes
Créer un comité éthique pour former à l’éthique politique les élus et les militants et contrôler en permanence le respect du principe de différenciation des ordres.
Aucun parti à ce jour ne remplit pleinement ces conditions. Seul le MODEM, dans la volonté affichée par son leader François Bayrou d’introduire de l’éthique en politique, de renforcer le rôle des militants et de s’attacher au respect du principe de différenciation semble s’engager dans cette voie. C’est pourquoi il convient d’examiner avec attention et respect la mise au point de l’organisation du nouveau parti démocrate.
Etienne BERANGER
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