07 octobre 2007
Le citoyen 2.0 : cet alien

Ainsi donc, nous avons participé, jeudi dernier, au Forum intitulé « edemocratie, la société numérique à l’heure du citoyen 2.0 » qui s’est tenu à Issy-les- Moulineaux. Forum Mondial de la chose, s’il vous plait.
Comme annoncé dans les dépliants, beaucoup d’intervenants, experts et consultants venus du monde entier, spécialistes de la edemocratie, du evoting, du wifi, de la eadministration… Mais, autant le dire tout de suite, les grands absents de cette manifestation étaient tout simplement ceux mentionnés dans le titre même du Forum, ceux qui sont censés utiliser ces nouvelles technologies pour exercer la "edemocratie" : les citoyens ! Aucun en tant qu’intervenant dans les sessions plénières ou tables rondes, quelques uns bien trop peu nombreux dans l’assistance.
Bien dommage car cela est resté du coup très théorique, et même parfois, ennuyeux. C’est un peu comme aller à un Forum de la musique, dans lequel il n’y aurait que des instruments, leurs fabricants, mais aucun musicien : un manque cruel de vie et de passion, et on reste sur sa faim. Dommage pour tous ces intervenants venus du bout du monde, et qui auraient mérité plus d’audience et d’animation. Les stands hi-tech sont restés bien calmes et les allées clairsemées dans cet espace à la capacité d’accueil si grande.
De nombreuses expériences innovantes partout dans le monde pourtant : il se passe plein de choses passionnantes au Brésil, en Estonie, en Grèce, et aussi, aux Etats-Unis et en Angleterre et ailleurs. Cette maire anglaise a trouvé la réponse à la question de savoir comment toucher tout le monde : il suffit d’utiliser les différents outils de communication existants, en les adaptant à chacun : « à ceux qui n’ont pas Internet, je leur envoie des courriers (de moins en moins nombreux), ceux qui l’ont, je leur envoie des emails, et ils viennent sur mon blog, et avec les jeunes, on communique par SMS. Comme ça, je suis sûre de n’oublier personne. »
Le Web 2.0, c’est bien d’une révolution culturelle dont il s’agit, qui change, de manière très profonde, au niveau mondial, les rapports entre les individus, la transmission des savoirs, l’apprentissage, le partage des connaissances, la façon dont on s’informe.
Les générations adultes ont appris à l’école avec les livres, à partir d’écrits sur papier, en ayant l’habitude de faire une chose à la fois, l’une après l’autre. Les jeunes d'aujourd’hui ont grandi avec, dans leur environnement direct, un ordinateur, et l’accès à internet. Et c’est normal pour eux, le contraire ne l’est pas, par contre. En rentrant de l’école, un adolescent a son téléphone portable dans une main, continue ses discussions sur MSN avec ses copains, fait ses devoirs avec Internet comme source d’information complémentaire, tout en écoutant la musique, parfois regardant la télé, et donnant à manger à son chat. Puis il met à jour son skyblog, lit et répond aux commentaires reçus, et va sur ceux de ses copains. Caricature ? Pas tant que ça. Et pas de jugement de valeur à porter là-dessus c’est une question d’évolution des habitudes, c’est tout.
Révolution culturelle, qui change du coup la manière de faire de la politique. La manière de faire adhérer à ses idées, de prendre le citoyen au sérieux ou pas, et de le convaincre ou non. Car, derrière son écran, il est libre de choisir la source de son information, de comparer un propos avec un autre instantanément, il devient tout simplement lui-même acteur.
Et tenez vous bien, ce n’est pas fini. Dans cette mutation, il y en a une autre, tapit sous vos claviers, qui s’appelle Facebook. Faite vous bien à ce nom, car vous allez désormais en entendre parler à toutes les sauces. Pas un seul intervenant venu des Etats-Unis ou d’Angleterre qui n’intervienne en en parlant comme étant la prochaine révolution à venir « dans des proportions dont on imagine même pas la portée aujourd’hui ».
Vous êtes un bloggeur averti, ou venez tout juste de comprendre l’intérêt de vous exprimer par ce biais : sachez que, déjà, c’est dépassé, cela ne suffit plus et foncez sur Facebook. Si vous ne voulez pas, comme cet élu français, venant tout juste de terminer sa présentation de pionnier des sites participatifs, premier élu en France à avoir eu l’idée de réaliser un podcast depuis sa cuisine pour parler aux habitants de sa ville, vous retrouver reléguer en trente secondes dans le camp des « hasbeen », fronçant les sourcils, plissant le nez, et haussant les épaules « hein quoi, Facebook, c’est quoi ce truc ?? hein, connais pas… ». L’intervenante anglaise prenant la parole après lui nous expliquant que c’est bien beau les podcasts, mais qu’une autre révolution est en cours, du nom de Facebook, déjà à l’œuvre en Angleterre et aux Etats-Unis.
Facebook, site de réseau social sur Internet, du type de myspace mais en superpuissant, allez découvrir par vous-même, va ainsi poursuivre le processus de transformation des échanges entre les individus, à tous les niveaux, et l’impact direct en politique sera que les prochaines campagnes électorales se mèneront également avec cet outil. Les partis politiques qui l’auront compris auront un train d’avance, les autres seront dépassés. Ca se passe déjà comme ça aux Etats-Unis, et comme ce qui existe là-bas finit toujours par arriver chez nous, cinq ans plus tard, autant en prendre conscience maintenant.
Alors pourquoi si peu de participants comme vous et nous? Bonne question. Jour de semaine. Pas assez de publicité autour de l’événement ? Ou, tout simplement, signe du décalage, un de plus, entre nos élus, administrations, et les citoyens ? Ceux qui utilisent Internet comme moyens d’expression, de débat, d’innovation, de créativité, d’interactivité, d’outils d’information, de réflexion et d’analyse sont pourtant nombreux, passionnés… Et se rencontrent, nombreux encore, pour des débats dans les cafés, des soirées, et même pour certains, dans des mouvements politiques! Et nous ne sommes pas forcément tous des pervers...
Car il faut le savoir, le citoyen fait parfois peur : "il faut faire attention, car les blogs peuvent recevoir des messages d'insultes, et fort heureusement, de nos jours, nous pouvons toujours retrouver ceux qui ont écrit les commentaires..." Difficile, en France, de sortir d'un certain registre...
Et oui, Internet n’est pas Disneyland, une vitrine bien brillante, super outil de communication pour faire passer ses messages d’un monde que l’on veut idéal, présenter tout beau, tout magnifique. Et s’il est de bon ton de laisser croire au citoyen qu’il peut s’exprimer librement, il faut surtout veiller à le garder sous cloche, de peur qu’il vienne ternir notre image de communication toute belle.
C’est sans compter que la politique, dans le sens noble du terme, ce n’est pas seulement de la super communication. Car derrière les commentaires, les blogs, il y a ces millions et millions de français, qui se passionnent pour les débats, comme lors des dernières élections, et maintenant encore, pour échanger, construire des idées, exprimer leur accord, leur désaccord, et qui tout simplement ont redécouvert le sens de la politique, puisque n’ayant accès nulle par ailleurs, au débat et à l’information non formatée.
Et exprimer une critique, un avis contraire, ne signifie pas pour autant que vous êtes nécessairement un "gauchiste", ou que vous confondez blog et vide-poubelle. C’est faire naître des échanges, et les poursuivre en se rencontrant, affronter la contradiction, réfléchir et contribuer aux renouvellements des idées, à une meilleur adéquation des projets mis en œuvre avec les souhaits et besoins exprimés, et au final, oui on y aspire, aboutir à l’amélioration des conditions de vie de tous dans sa cité, en ayant exercé le plein pouvoir de son statut de citoyen.
N’est-ce pas cela, avant tout, le début de la démocratie tout court ?
Céline.
11:50 Publié dans Expression libre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, citoyen, démocratie






