05 décembre 2007

Politique économique : Coup de gueule libérateur

Ne voyez pas là de propagande politique de ma part, mais juste un coup de gueule sincère contre l'impéritie du gouvernement actuel en matière de politique économique !

C'est  avec d'autant plus de plaisir que j'ai apprécié d'entendre le week-end dernier (au congrès fondateur du mouvement démocrate), Jean Peyrelevade rappeler quelques basiques de l'économie d'un pays en des termes simples.

Notamment qu'un état impécunieux est un état impuissant et de rappeler que parmi les actions urgentes de la France, figure la réduction urgente de la dette (quid du boulet fiscal de 15 milliards lancé dès le début de la mandature actuelle ?, cramer dès le départ le peu de marge de manoeuvre dont on dispose : incompétence ou suicide économique ? peut être les 2 !

La France présente le déficit public le plus important de l'Europe, d'où le grincement de dents légitime  des autres pays européens en voyant distribuer un paquet fiscal, de l'argent dont l'état français ne dispose pas. Si au moins cet argent avait pour vocation de relancer d'une quelconque manière la croissance, dont ce pays a desespérement besoin.

Les économistes (même réputés plutôt de droite) se sont accordés à dire que les impacts du paquet fiscal sur la croissance seront insignifiants.
Le 1er ministre a d'ailleurs senti la flamme élyséenne passer, lorsque l'été dernier, il a reconnu cet état de fait, une évidence.
Le ministre allemand ne s'est pas privé de commenter cette ineptie française, provoquant sans surprise la fureur de Sarko, fureur décuplée par le fait qu'Angela Merkel n'a pas jugé bon de "recadrer" son ministre...normal elle n'en pensait pas moins !

Avec une dette de plus de 1 200 millards, le ministre du budget a fait adopter un budget 2008 en déficit  de 42 milliards. Aussi déficitaire que celui de 2007 du gouvernement de Villepin. Sans se démonter et avec panache, il ose présenter ce budget comme, je cite "volontariste". "le but est de stabiliser le déficit" annoncait-il !
A priori, lorsque déjà endetté, on continue de s'endetter , on aggrave notre déficit plutôt que de le stabiliser...la finance est beaucoup plus cartesienne qu'on ne le pense !
En réponse à  l'inquiétude immediatement exprimée par Bruxelles quant à l'atteinte des critères de convergence européens (impératif de tous les pays européens) pour 2010, notre ministre du budget annonce que la France fera tout pour les atteindre en 2012... Pour le pays qui se vantait d'avoir relancé le processus européen ! Bpnjour la rupture !
Pour rappel en 2004 ou 2005, en France rien que les intérets de la dette representaient l'équivalent de l'impot sur le revenu.

Pour rappel, des pays comme l'Allemagne et l'Espagne qui présentaient des situations budgétaires critiques il y a  qques années, ont su mettre en oeuvre des politiques rigoureuses d'assainissement de leurs comptes publics , comment s'étonner alors que notre ministre des finances se retrouve classée derniere du recent classement  Financial Times 2007 des ministres européens des finances ?
Financial Times évoque notamment le manque de lisibilté de la politique economique française. Là où l'OCDE prévoit une croissance max de 1,8 à 1,9 pour la France en 2008, l'état français fait des plans sur la comète avec des prévisions à 2,5.
Aux critiques justifiées, notre président répond que si la croissance n'est pas au rendez-vous, il  ira la chercher avec les dents...à mon sens une légère tendance à confondre croissance éco et infirmières bulgares ou hotesses espagnoles !

Concernant la question du pouvoir d'achat, Laurence Parisot (présidente du Medef) tout comme Peyrelevade et d'autres économistes le disent, elle ne se traitera que par un effort accru sur la relance de la compétitivité des entreprises francaises (notamment en repenssant la fiscalité, les entreprises françaises sont les plus taxées d'europe...), c'est parce qu'elles seront plus compétitives qu'elles verront leur activité s'accroitre, leur carnet de commande se remplir parce qu'elles remporteront plus de deals et donc que les salariés pourront faire des heures supp. Une évidence me direz-vous ? pas pour tout le monde manifestement.
 Un salarié ne decrète pas tout seul un beau matin qu'il va travailler plus...pour gagner plus. Je reconnais quand même que le slogan de campagne était efficace !

Il y a urgence à doper l'esprit d'entreprendre en France car aussi belles soient-elles, ce ne sont pas que les grosses entreprises du CAC 40 qui font tourner l'économie française.

La balance commerciale française est complètement déséqulibrée. Sans compétitivité des entreprises françaises, doper la consommation revient en partie à financer les importations. Ne cherchez pas la croissance française dans tout ce brouillard, elle n'est pas là !

Parmi les mesures "phares" du pouvoir d'achat on nous annonce la monétisation des RTT (pour quelle frange de la population ? les temps partiels, contrats précaires ne sont pas concernés, les chomeurs n'en parlons pas !)
Concernant le déblocage des comptes d'épargne salariale, le président avait déjà testé le coup lorsqu'il était à Bercy, sauf qu'il ne s'agit en rien d'une augmentation du pourvoir d'achat mais d'une autorisation de dépenser par anticipation de l'argent dont les salariés disposent déjà ! l'impact sera donc ponctuel, le temps au salarié de dépenser son épargne, quid de l'après  ?
Attendons, en croisant les doigts le résultat des négociations avec la grande distribution pour faire baisser les prix, mais je crains que l'on reste dans le domaine du symbolique. D'autant que le poisson notamment va très bientôt augmenter suite aux promesses de Sarko faites aux fameux pecheurs du Guilvinec -financement de la hausse du gasoil par une nouvelle taxe au consommateur - géniale l'idée ! , comment te reprendre ce que tu obtiendras peut être un jour ?

Le patronnat a un peu grincé de dents en voyant l'état se tourner vers les entreprises pour "financer" la hausse du pouvoir d'achat des salariés, l'incertitude est donc totale sur le résulat des négociations entre les entreprises et les partenaires sociaux. Néanmoins notre ministre des finances possède manifestement une boule de cristal puisqu'elle  a été capable de chiffrer hier l'impact des mesures à environ 20 milliards sur l'eco française, l'impératif de la communication politique !

Le pouvoir d'achat ne se decrete pas, il ne relève pas de l'incantatoire ou de la formule, il n'est que la résultante naturelle du dynamisme économique d'un pays, dynamisme qui doit être provoqué, induit, pensé.

Enfin,  à quand un peu de justice sociale dans nos mesures économiques ? Le jour même où démarrait la dernière grève des transports, pendant que l'Etat essayait de faire passer la réforme des régimes spéciaux (tout à fait justifiée, du reste) , à l'assemblée les parlementaires étaient quant à eux occupés à voter la reforme de leur propre régime spécial de retraites qui leur permet de partir à 60 ans à taux plein après...22,5 annuités de cotisations ! ce régime spécial est totalement déséqulibré parce qu'il y a beaucoup plus de bénéficiaires que de cotisants, mais c'est pas grave, l'état finance ! On ne se rend pas compte de la pénibilité du travail de parlementaire !

A mon sens avant de demander des efforts aux moins favorisés, on doit essayer de montrer l'exemple. A commencer par le sommet de l'état où l'on aurait pu attendre un contexte social un peu plus serein pour procéder à une augmentation de salaire de +172% (aussi justifiable soit-elle), surtout quand on sait que le salaire d'un président français s'apparente quasiment à de l'argent de poche.  Que dire de la décision toute fraiche de faire payer la redevance desormais à plusieurs milliers de foyers défavorisés jusque là exonérés, pour faire rentrer 80 millions d'euros dans les caisses, alors que l'on annoncait en même temps un cadeau de 280 millions aux acteurs de marchés boursiers qui payaient jusque là le fameux impot de bourse. N'aurait-on pas pu trouver un équlibre plus juste ?


Pour ce qui est de la franchise médicale, qui avait pour vertu de contribuer à reduire le déficit de la sécu (impact 800 millions d'euros), est-il juste de faire supporter la même charge des plus démunis aux plus riches ? Quand on sait que certains cumulent pauvreté et pathologie lourde. Je pense une fois de plus que la rigueur budgétaire que j'appelle de tous mes voeux n'est pas incompatible avec une certaine forme de justice sociale.

Enfin, histoire de finir sur une petite note d'espoir, j'ai salué (et suis loin d'être le seul) la décision récente de l'Etat de financer la rénovation des universités en vendant 2,5% de sa participation  dans le capital d'EDF, résultat 3,7 millards (et non 5 annoncés jeudi dernier par Sarko, il a toujours un peu de mal avec les chiffres...) qui ne viendront pas alourdir un déficit déjà gigantesque !
Le président semble avoir enfin réalisé qu'il ne pouvait pas continuer à distribuer de l'argent qu'il n'a pas, il se contente donc de passer la patate chaude aux entreprises (les pauvres !) pour tenir une de ses promesses de campagnes.
J'espere par ailleurs que la reforme de la fonction publique sera menée à son terme, pour ce qui concerne celle des retraites l'année prochaine, c'est une autre histoire !

Je m'arrête parce que d'autres sujets de révolte m'habitent : politique africaine (vive Bongo et Wade, modèles de démocratie et de bonne gouvernance !) et discours de Dakar ("Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance"), objectif de 25 000 expulsés d'ici la fin d'année,  félicitations remarquées car isolées à Poutine pour sa "nette"  victoire aux législatives, innondation des médias par le président (l'INA vient de décerner la palme à TF1, bizarre !),..., d'autres par contre tel que le grenelle de l'environnement sont porteurs d'espoir.

Pas de défaitisme, ou de résignation, juste un coup de gueule libérateur ! n'hésitez pas à réagir !

RANINI JOHNSON