18 avril 2008

Un système hospitalier déstabilisé ?

1726924675.jpgNicolas Sarkozy a annoncé cette semaine le plan de réforme des hôpitaux français. Il l’a présentée comme étant la mise en place de «communautés hospitalières» et la reconversion de services de chirurgie et de maternité jugés « dangereux ».

On nous a expliqué que  les établissements qui perdront leur activité chirurgicale ou obstétrique ne fermeront pas pour autant leurs portes. Ils pourront se tourner vers d’autres activités, par exemple la rééducation fonctionnelle, les soins de suite ou la gériatrie.

Pourtant la crainte d’une médecine à deux vitesses (Paris / Province – Grandes villes / Petites villes) se renforce. Il est évident qu’en province et dans les petites villes les patients devront faire un trajet encore plus long pour se rendre aux urgences ou subir une opération avec un risque vital accru selon les pathologies.  Sur certaines zones géographiques, on constate déjà depuis plusieurs années, la diminution du nombre de médecins généralistes, de spécialistes (ophtalmologistes, dermatologues …), la mise en place de cette réforme risque d’accentuer la différenciation des français face au système de santé.

Faisant suite aux rumeurs de déremboursement des frais d’optique en début de semaine, à la mise en place des franchises médicales en début d’année, cette réforme ne peut qu’accroître l’inquiétude des patients et des professionnels de la santé.

Fabienne Gambiez

12 avril 2008

Nouveaux programmes à l’école primaire : encore une réforme TGV

Une fois de plus, le gouvernement met en place une réforme du système éducatif à l’école primaire avant de prendre le temps d’une réflexion et d’une concertation avec les différents partenaires de l’Éducation : Enseignants, Chercheurs en sciences de l’éducation, Parents d’élèves, mouvements complémentaires de l’école, mais également Maires des communes qui, ne l’oublions pas, ont la charge budgétaire des écoles primaires de leur commune.

Fin mars, il a été prévu une concertation de trois heures dans toutes les écoles pour répondre à quatre questions principales :

·         Trouvez-vous le projet de programmes suffisamment clair ?
·         Quels en sont les points forts ?
·         Quels en sont les points à améliorer ?
·         Avez-vous des remarques ou des suggestions ?

Après la suppression des heures du samedi matin avant même de savoir quelles conséquences cela aura sur les rythmes scolaires des élèves et comment organiser la nouvelle prise en charge, hors temps scolaire, des élèves en difficulté, voilà que le Ministre de l’Éducation nationale veut instaurer de nouveaux programmes pour la rentrée 2008. Dans exactement cinq mois.

Actuellement se sont les programmes de 2002, mis en place par Jack Lang, qui sont appliqués dans toutes les écoles françaises, et aucun bilan n’a encore été fait sur cette application. Cela n’empêche pas le gouvernement de prévoir des réformes de fond, balayant sans ménagement le travail mis en place depuis cinq ans. Les enseignants passent plus de temps à s’approprier les réformes successives et contraires des ministres, qu’à en faire bénéficier les élèves après une réelle réflexion. Eduquer demande du temps et de la stabilité. C’est vrai pour les enseignants et c’est vrai aussi pour les élèves qui doivent recevoir cette éducation.

Dans une tribune du Nouvel Observateur (13 mars 2008), deux anciens Ministres de l’Éducation nationale, Luc Ferry et Jack Lang, écrivent :

« Dans les nouveaux programmes, décision a été prise, sans aucune concertation, de diminuer environ par trois le temps consacré à l’enseignement de l’histoire et de la géographie, afin de faire plus de place au sport et aux mathématiques : ce choix lourd de menaces ne peut-il être discuté publiquement ? Tous les démocrates ne peuvent que rejeter cette méthode aberrante ».

Faudra-t-il abandonner l’histoire de la Shoah (si chère à notre Président de la République ) ou la géographie de l’Europe (qu’il présidera à la rentrée) ? Oui, mais c’est pour faire plus de sport pourrez-vous répondre. Les communes voudront-elles ou pourront-elles mettre plus de créneaux de stade, de gymnase et de piscine à disposition des écoles pour que les élèves profitent vraiment de ce temps supplémentaire ?

Philippe Joutard, ancien Recteur d’académie et ancien président du groupe d’experts sur les programmes de 2002 répond :

« Tout a été fait dans la précipitation, sans aucune connaissance du terrain. […] Les enseignants vont se retrouver démunis face à des programmes très différents et, au final, infaisables. »

Les enseignants n’ont eu que quelques heures pour réfléchir sur des programmes qui s’appliqueront quoi qu’ils proposent. La preuve en est, si besoin, que tous les éditeurs de manuels scolaires ont déjà adressé les spécimens des nouveaux livres, conformes à ces nouveaux programmes 2008, à tous les enseignants du primaire.

Les communes pourront-elles assumer le coût de cette mise en conformité ?
Voudront-elles le faire ?

Une fois encore, les conséquences de cette précipitation ont été ignorées par un gouvernement qui agit sans concertation. Mieux vaudra être un bon élève, sans aucune difficulté, dès la prochaine rentrée.

Un autre TGV est déjà en route : les stages de remise à niveau durant les vacances. A lui aussi il manque un grand nombre de wagons, mais il roule quand même, pour être vu.

Pierre-Laurence PERDRIAT

02 novembre 2007

François Bayou pense qu'il faut "libérer le Parlement de sa dépendance à l'égard de l'exécutif, pour qu'il y ait un véritable équilibre des pouvoirs".

c1ef6f71befc93d1bedc2f9459ae013c.jpgDans l'interview publiée par le Figaro vendredi 2 novembre, François Bayrou affirme qu'il se battra pour réorienter la révision institutionnelle...

LE FIGARO. - Que pensez-vous du rapport Balladur sur la réforme des institutions ?

François BAYROU. - J'avais placé beaucoup d'espoir dans ce comité. D'abord, parce que beaucoup de ses membres sont éminemment respectables et compétents. Ensuite, parce que les orientations données lors de l'installation du comité Balladur me paraissaient aller dans le bon sens, celui d'une clarification des rapports président-gouvernement et d'un rééquilibrage entre exécutif et législatif. Le rapport contient des idées positives, touchant notamment aux procédures parlementaires, qui rendent une part d'indépendance au Parlement dans ses délibérations comme dans sa mission de contrôle. Mais en ce qui concerne l'essentiel, le rééquilibrage n'est pas atteint. Au contraire. Les principales orientations du rapport nourrissent la confusion des rôles entre exécutif et législatif.
 
Qu'est-ce qui vous inquiète particulièrement ?

Le choix de principe qu'il faut faire est de libérer le Parlement de sa dépendance à l'égard de l'exécutif, pour qu'il y ait un véritable équilibre des pouvoirs. Or la proposition de coupler le premier tour des législatives avec le deuxième tour de la présidentielle accentue au contraire cette dépendance. Organiser le premier tour des législatives dans le climat passionnel du deuxième tour de la présidentielle, cela renforcerait évidemment la bipolarisation en effaçant le reste du paysage politique. Et c'est artificiel : imaginons ce qui se serait passé si, en 2002, les législatives avaient eu lieu le jour du deuxième tour Chirac-Le Pen...

L'introduction d'une dose de proportionnelle vous satisfait-elle ?

Limiter la proportionnelle à 20 sièges sur 577, cela n'a pas de sens. C'est même presque insultant. On ne cherche pas à représenter le pluralisme, on fait la charité de quelques sièges à ceux qui ont refusé de se soumettre à la bipolarisation.

Êtes-vous d'accord avec l'idée d'une présélection des candidats à la présidentielle par un collège de 100 000 élus ?

Faire voter un collège de notables plusieurs mois avant les citoyens reviendrait à organiser une démocratie à deux degrés. Avec des citoyens de plein exercice, les élus, et des citoyens de deuxième zone, les électeurs. C'est moins démocratique que le système de 500 parrainages actuel dont l'objet est seulement de garantir la légitimité des candidats. Je prends le pari que les Français n'accepteront pas cette oligarchie.

Approuvez-vous l'encadrement des nominations relevant du président ?

Pendant la campagne présidentielle, j'avais proposé que ces nominations (Conseil constitutionnel, Conseil supérieur de la magistrature, CSA) soient validées par le Parlement à la majorité qualifiée, ce qui oblige à trouver un consensus entre les grandes forces démocratiques du pays. Nicolas Sarkozy en était venu, lui aussi, à défendre cette idée. Mais ce n'est pas du tout ce que propose le comité Balladur. Il s'en tient à une simple audition devant une commission parlementaire qui est, évidemment, dominée par la majorité et par elle seule. Donc, cela ne change rien.

Partagez-vous l'avis du PS qui fait de la venue du président devant le Parlement un casus belli ?

En fait, cette adresse au Parlement ne me choque pas, à condition que les parlementaires, qui sont eux aussi des élus du peuple, puissent répondre et que le président les écoute.

En fin de compte, voterez-vous ce projet de réforme institutionnelle ?

En l'état, ce projet ne correspond pas aux attentes de ceux qui, de bonne foi, espéraient qu'on allait trouver un nouvel équilibre pour la vie politique française. Il accentue un certain nombre de dérives de nos institutions et de leur pratique. Je me battrai pour en changer l'orientation.

En revanche, approuverez-vous le traité de Lisbonne ?

On nous avait annoncé un traité simplifié. C'est en fait un traité compliqué, qui a été éclaté en des centaines d'amendements pour que les objections disparaissent. S'agissant de la mécanique institutionnelle qu'il met en place, le traité convient à peu près et c'est la raison pour laquelle je voterai la ratification. Mais pour l'âme, c'est le désert. On a enlevé tout ce qui donnait chair et espoir à l'idéal européen.

Regrettez-vous que le traité de Lisbonne ne soit pas soumis au référendum ?

Pendant ma campagne, j'avais défendu l'idée d'un référendum, en expliquant qu'il ne fallait pas avoir peur du peuple sur le grand sujet européen. Nicolas Sarkozy s'y était opposé clairement et c'est lui qui a été élu. De surcroît, le texte est devenu carrément illisible pour un citoyen normal. Mais ma crainte est que le fossé se creuse un peu plus entre l'Europe et les citoyens.

Comment se présente le double congrès de l'UDF et du MoDem, à la fin du mois ?

Ce sera un moment important. Nous allons faire naître une nouvelle famille politique. Nous allons adopter une charte éthique, une charte des valeurs et des statuts. Et surtout, une ligne politique, un projet de société, celui d'une société de justice croissante face au modèle d'inégalité croissante qui domine aujourd'hui la mondialisation. De si grands changements ne se font pas sans difficultés pour une formation politique qui, dans le passé, s'était installée dans la dépendance à droite. C'est cette dépendance que j'ai voulu rompre.

Pourtant, nombre de militants UDF rechignent à se fondre dans le Mouvement démocrate.

Je suis convaincu que tout organisme vivant, s'il ne se renouvelle pas, s'affaiblit et disparaît. Au contraire, cette transformation préserve et accomplit l'inspiration qui voulait faire naître un grand parti central dans la vie politique française. C'est une nouvelle étape de la vie politique de cette grande famille, celle de l'émancipation.